Des hommes et des femmes d'ici partent secourir leurs frères et leurs sœurs en Haïti
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| Agrandir l'image De gauche à droite (devant): le caporal-chef Jean-François Deschamps et le caporal Serge Leclerc, (derrière) le matelot de 1re classe Yauhann Nadeau-Boutin et le caporal Stéphane Laroche. (Photo: sdt G. Pelletier - Imagerie Saint-Jean) |
Daniel Rancourt - Journal Servir
N.D.L.R. Deux pages du journal sont consacrées à l'Opération HESTIA.
Alors qu'une partie des troupes de Valcartier a déjà quitté et qu'une autre se prépare à partir, on sent une certaine fébrilité aux garnisons Montréal et Saint-Jean. Toutes sortes de rumeurs circulent, certains se préparent à partir, les uns sont en stand-by et les autres les envient (ou pas) de partir.
Le caporal Serge Leclerc est revenu de la Roto-07 d'Afghanistan à la fin octobre, ou début novembre –après sept mois là-bas, il ne sait plus très bien-. Et au moment d'écrire ces lignes, il se prépare à partir pour Valcartier puis Haïti. Il accompagne ses quatre autres collègues de la Police militaire –un sergent, un caporal-chef et deux autres caporaux-, avec qui il était en Afghanistan, pour ce nouveau déploiement à l'étranger.
"Cette fois, c'est différent. C'est une mission humanitaire, c'est un peu moins dangereux. Il n'y aura pas de champs minés ni de kamikaze (ousuicide bombers). On s'en va là pour aider la population.
"Je suis volontaire. J'en ai parlé avec ma famille, mes papiers étaient préparés, j'étais prêt à être déployé. Moi, j'aime les métiers d'urgence, être premier intervenant. Auparavant, j'ai été adjoint médical en Bosnie et en Afghanistan, avant d'y retourner comme policier militaire. Peut-être que dans une prochaine mission, je serai pompier", lance-t-il en souriant.
"Ce qu'on sait de notre mission pour l'instant, c'est que nous allons faire de l'escorte de convois, aider la police haïtienne et assurer la protection de la population. Les règles d'engagement seront bien différentes de celles en Afghanistan!
"Il y a peut-être du pillage, de la violence, mais c'est normal: les gens sont en mode de survie. Des profiteurs, il y en a partout. On l'a vu ici lors de la crise du verglas.
Originaire de Saint-Jean-sur-Richelieu, où il a fait partie des cadets puis de la Réserve avant de joindre la Force régulière en 1996, Serge Leclerc a hâte de partir: "Ce n'est pas la guerre, mais ce pays est détruit. C'est une fierté pour moi de servir, d'apporter ma contribution, pour aider la population à reconstruire ce pays".
Le peuple haïtien ne perdra pas espoir
"Le peuple haïtien est un peuple religieux, de toutes les dénominations. C'est un peuple combatif, avec une histoire marquée par les combats contre l'esclavage et la colonisation. Ils sont habitués au combat et ils sont solidaires dans les moments difficiles. On le voit à la télévision: on les voit creuser de leurs mains nues, avec leurs ongles, pour dégager leurs frères et leurs sœurs des décombres… J'ai une foi inébranlable dans le destin de ce pays", confie le capitaine Yves-Eugène Joseph, aumônier du 34e Régiment de génie de combat (34 RGC) à la garnison Sant-Jean.
Padre Joseph est originaire de Hinche (Ench en créole haïtien), une ville de 50 000 habitants située sur le plateau central d'Haïti à la frontière de la République dominicaine. "Cette région n'a pas été touché par le tremblement de terre de la semaine dernière, explique-t-il. Je n'ai pas eu de contact direct avec mon frère qui habite Port-au-Prince, mais grâce à une relation commune en France, j'ai pu savoir qu'il était sain et sauf. Cependant son épouse a été blessée…
Padre Joseph était déjà prêtre quand il est arrivé au Canada en 1986. Par curiosité mais aussi avec la conviction profonde qu'il pouvait faire une différence en accompagnant les militaires, il devient réserviste au 34 RGC en 2001 avant de joindre la Force régulière en juin 2009. Il prépare son départ pour Haïti où il travaillera en équipe avec les autres aumôniers sous la direction du major Bélisle, l'aumônier principal de Valcartier, pour assurer une présence sur le terrain, en milieu de travail.
"Je me prépare spirituellement à soutenir les troupes et à répondre à leurs demandes et à leurs besoins en lisant, priant, réfléchissant… Je m'en vais en mission à l'écoute de nos militaires… Dans des situations comme celle-là, nous devons être capables d'évaluer la situation et de connaître nos limites. On ne peut pas tout savoir, tout comprendre, tout faire. Il faut être capable de le reconnaître, de l'admettre, et demander de l'aide, aller chercher quelqu'un capable de nous aider et de nous accompagner dans nos tâches.
"Je veux remercier les Canadiens pour leur soutien au peuple haïtien, et tous les membres des Forces canadiennes qui acceptent volontairement d'aller à Haïti pour aller travailler coude à coude avec leurs frères haïtiens, pour les aider à améliorer leur sort. Pour participer à tenir la vie, maintenir, soutenir la vie. Vous savez, les Haïtiens savent espérer. C'est l'aspect religieux du peuple haïtien. Et la présence canadienne là-bas va alimenter cette espérance. Parce que sans l'espoir, c'est la mort."
Pour son premier déploiement à l'étranger, padre Joseph est envoyé en Haïti, son pays d'origine: "Je m'en vais servir mon pays en portant l'uniforme de mon pays", conclut-il avec ce doux sourire comme un doux vent du Sud.
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