Ti-Gars, la chenille devenue papillon

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Le caporal Vincent-Gabriel Lamarre lors du Défilé de la Fierté qui s'est déroulé à Montréal le 25 août. (Photo : caporal Myki Poirier-Joyal - Imagerie Saint-Jean)

Yves Bélanger, Servir

Le 16 août, la première du film Ti-Gars a eu lieu dans le cadre des Rencontres internationales du documentaire de Montréal. Pour le caporal Vincent-Gabriel Lamarre, qui est le sujet de cette oeuvre réalisée par Doris Buttignol, cette projection au grand public représente un réel soulagement et une étape de plus dans son processus de changement de sexe.

Le Cpl Lamarre, chauffeur au service Technique du Groupe de soutien de la 2e Division du Canada à la Garnison Saint-Jean indique que le tournage n’a pas été trop difficile pour lui, et ce, même si la caméra nous le présente à quelques reprises sous un angle plus vulnérable. « La réalisatrice et moi étions sur la même longueur d’onde. Par exemple, la nudité était nécessaire pour bien monter le malaise que j’avais avec mon corps. Le travail de Doris est tout ce qu’il y a de plus professionnel et ne laisse pas de place au voyeurisme. »

Il explique que le lien qui s’est développé entre eux outrepasse celui d’une réalisatrice et de son sujet. « Nous sommes devenus très proches. Après ma mastectomie, elle m’a même aidé lors de ma convalescence », confie-t-il.

Au cours des trois années de tournage, le plus difficile pour lui a été d’imposer la caméra à ses proches. « Je ne voulais pas déranger les autres, mais il était essentiel qu’on voit les membres de ma famille. Il était aussi primordial d’inclure les Forces armées canadiennes, car mon milieu de travail a été très compréhensif et supportant tout au long de ma transition. »

Il dit apprécier particulièrement le ton qui se dégage de cette production. « Ni Doris ni moi ne voulions faire de ce film une histoire dramatique. Je suis très heureux de son aspect réaliste, mais surtout de son positivisme. »

Objectif atteint

Pour le Cpl Lamarre, l’idée de participer à une telle production n’était pas de se mettre en vedette, mais d’expliquer la réalité des gens comme lui pour qui un changement de genre est fondamental. « Je n’ai pas pris cette décision un matin en me levant. C’est un cheminement de longue haleine qui relève d’un mal de vivre inexplicable. »

Quelques jours après la première du film, il peut dire « mission accomplie ». En effet, la période de questions qui a suivi la projection lui a permis de constater que son message avait été entendu. « Les témoignages que j’ai reçus m’ont prouvé que j’ai fait le bon choix en acceptant de participer à ce documentaire. »

Il souhaite maintenant que sa diffusion à grande échelle permette de faciliter la vie des personnes transgenres. « Surtout ceux et celles qui sont en début de processus de transition. C’est tellement important de ne pas se sentir seul dans de tels moments. »

Le seul regret du Cpl Lamarrre est que sa grand-mère, que l’on voit à quelques reprises dans le film, soit décédée avant la première. « Ma grand-mère et moi étions très proches. Elle a occupé une grande place dans ma vie. Bien qu’elle n’était pas présente le 16 août, je suis convaincu qu’elle était là pour visionner le documentaire avec nous et qu’elle l’a beaucoup aimé. Surtout le petit hommage que je lui ai écrit à la fin de la production ! »

La suite du processus

Le documentaire terminé, le caporal Vincent-Gabriel Lamarre doit maintenant se concentrer sur la prochaine étape de sa transition, la phalloplastie. « Elle se déroulera en trois phases et la première aura lieu cet automne. Ce sera la plus importante. Cette intervention chirurgicale devrait durer entre six et huit heures », précise-t-il.

Par la suite, si tout se passe bien, deux autres interventions suivront. « Je devrai attendre de quatre à six mois entre les interventions. Si tout va bien, tout devrait être complété d’ici deux ans », lance-t-il avec espoir.

Choisir son prénom

Rares parmi nous sont ceux qui ont choisi leur prénom, chose que le Cpl Lamarre a pu faire. « Au cours de mon adolescence, mes amies et moi avions formé un groupe de musique imaginaire. Moi, j’incarnais le seul gars du groupe et je m’appelais Vince. À partir de ce moment, ce prénom a fait partie de ma vie. Quand j’ai pris la décision de devenir officiellement un homme, c’était clair que je me prénommerais Vincent. »

Sa mère, qui avait connu des Vincent qui n’étaient pas de tout repos dans sa carrière d’enseignante, n’était pas très enchantée par son choix. « Je me suis alors rappelé qu’à ma naissance, elle avait hésité à m’appeler Gabrielle. Quand je lui ai proposé Vincent-Gabriel, elle a adoré. C’était primordial qu’elle participe au choix de mon prénom. Elle était la seule personne dont l’opinion avait une grande importance moi. »

S’il porte le prénom de Vincent-Gabriel depuis deux ans, le Cpl Lamarre explique que la personne qu’il était au cours des 28 années précédentes n’est pas morte et qu’il est très fier de tout ce qu’il a accompli durant cette période. « Je suis la même personne qu’avant. C’est comme si Virginie était la chenille qui s’est transformée en papillon. »

Un militaire avant tout

Le Cpl Lamarre s’est enrôlé comme chauffeur dans les Forces armées canadiennes en 2008. Quelques années plus tard, il passait huit mois en Afghanistan. Au volant d’un véhicule de soutien blindé lourd, un camion-citerne contenant 10 000 litres de diesel, il occupait un poste plutôt dangereux, que peu de militaires souhaitent se voir attribuer. Il porte d’ailleurs aujourd’hui avec beaucoup de fierté l’Étoile de campagne générale – Asie du Sud-Ouest qu’il a reçue pour ce déploiement.

Suite à son arrivée à la Garnison Saint-Jean en 2015, ses collègues et la chaîne de commandement l’ont vu cheminer dans sa transition. Aujourd’hui, l’adjudant Rick Potvin, son supérieur immédiat, explique que le Cpl Vincent-Gabriel Lamarre est un militaire comme les autres, traité comme le sont tous les autres militaires des Forces armées canadiennes (FAC).

Il souligne d’ailleurs qu’il déteste la tendance à « étiqueter » les gens. À ses yeux de gestionnaire, le Cpl Lamarre n’est pas une personne transgenre, mais un membre des FAC. « Oui, il vit actuellement une situation particulière, mais il a le même traitement que les autres militaires qui ont besoin d’un accommodement temporaire pour des raisons médicales. C’est un militaire qui s’implique beaucoup et qui travaille très bien. Il fait preuve de beaucoup d’initiatives. »

Ti-Gars, un film de Doris Buttignol, de Fata Morgana productions / Lardux Films, sera présenté aux Grands reportages d’Ici RDI, le 30 août 2018. Il sera disponible par la suite sur le site ici.tou.tv.

 

 

 

 

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