Opération MAGNET : une réfugiée se raconte

Agrandir l'image
Madame Thi Be Nguyen. (Photo: Cpl Talbot)
Thi Be Nguyen est arrivée à Montréal en 1980, à l'âge de 4 ans, avec sa famille. Vietnamienne, elle était au nombre des réfugiés accueillis par le Canada durant l'Opération MAGNET I.

Immigrer au Canada a permis à la famille Nguyen de retrouver un sentiment de sécurité et de voir la lumière au bout du tunnel. C’est également ce qui a permis à Thi Be Nguyen d’accéder à l'éducation supérieure et d’obtenir un baccalauréat en commerce de l’Université Concordia en 1998. Passionnée par l’engagement social, Mme Nguyen a fondé UniAction en 2014, tout en poursuivant sa carrière. Cet organisme à but non lucratif a pour mission de sensibiliser la population aux différents enjeux de société tels que la pauvreté, l’accès à l’éducation et la santé pour les familles défavorisées.

Grâce à sa filiale UniAction Films, l’organisme fait la production, la promotion et la distribution de films qui sensibilisent à ces enjeux et à l'inclusion sociale. Le documentaire Une nuit sans lune : Boat People, 40 ans après, sorti à l’automne 2016, donne la parole à ceux et celles qui ont connu les camps de réfugiés et séjourné brièvement à la Base des Forces canadiennes (BFC) Montréal à leur arrivée au Canada. Il témoigne de leur courage et de la résilience dont ils ont fait preuve afin de s’installer et s’enraciner dans leur nouvelle patrie.

Comment êtes-vous arrivée au Canada ?

À la fin de la guerre du Vietnam en 1975, j'étais au Laos, qui avait aussi été envahi par le parti communiste, quand mon père a pris la décision de fuir le pays. Notre première tentative a eu lieu en 1978. Nous avons été pourchassés dans la jungle par les autorités qui nous tiraient dessus afin de nous arrêter. Nous avons été emprisonnés jusqu'à ce que mon oncle trouve un général, qui connaissait bien mon père, pour nous faire libérer. La deuxième tentative a eu lieu en 1979. Mon père disait toujours qu'on était plus intelligent. Une nuit sans lune, alors qu’il était plus difficile de nous voir, nous avons fui par la jungle et ensuite traversé le fleuve Mékong. Nous nous sommes retrouvés dans des camps de réfugiés en Thaïlande (Nong Khai et Sikiew). Nous y sommes restés un an avant de pouvoir trouver refuge au Canada en 1980.

Quel est votre souvenir le plus lointain ?

Les souvenirs de mon enfance sont vagues. C'est comme si je n'avais jamais existé dans mon pays natal. Je ne me rappelle pas de la guerre, des bombes, des atrocités qui pouvaient se produire durant cette période de ma vie, mais je sais qu'elles sont réelles et qu'elles font partie de ma jeunesse. Cependant, je me rappelle de l'accueil de deux dames qui étaient nos « marraines » et qui ont fait une grande différence dans ma vie : Carol Latimer et Roz Abrahamson. Plus récemment, quand j'ai visité de nouveau la Garnison Montréal pour le tournage du documentaire Une nuit sans lune : Boat People, 40 ans après. Une des photos qu'avait le major à la retraite Jacques Coiteux, qui s’était occupé de l’Opération MAGNET, m'a ramenée dans le passé. Elle a ravivé le souvenir de la nourriture que nous recevions lorsque nous étions hébergés à la base : des œufs bouillis tous les jours ! Ma mère a continué à nous en faire chaque matin et nous les mettait dans notre boîte à lunch.

Qu’est-ce que les Forces armées canadiennes (FAC) ont fait pour vous ?

Ce n'est que tout récemment que j'ai réalisé le rôle et l'impact des FAC dans ma vie, lorsque mon père m'a rappelé que ce sont les militaires qui sont venus nous chercher à l'aéroport quand nous avons immigré au Canada. J'ai alors entamé de multiples recherches et lectures pour mon documentaire. J'ai été mise en contact avec les Affaires publiques de la Garnison Montréal afin de faciliter le tournage d'un volet très important du documentaire qui expliquait l'apport des FAC lors de l'accueil des réfugiés vietnamien, entre 1978 et 1981.

Même si le personnel de la BFC Montréal s’est occupé de notre famille pendant quatre jours seulement, cet accueil était important. Ma visite de la Garnison, qui a été très informative et émouvante, ainsi que le tournage avec le Maj (ret) Coiteux ont comblé un vide de mon enfance, quelque chose que je ne connaissais pas jusqu'à ce jour. J'ai découvert autre chose du monde militaire. Ce n'est pas juste des armes ou la guerre. Les militaires accompagnent, aident et protègent les citoyens.

Je suis fière du travail remarquable et inspirant des membres des FAC et j'ai une reconnaissance profonde envers ceux qui nous ont aidés, car ils projettent une image positive de notre terre d'accueil, le Canada !



<< Retour à la page d'accueil