Vimy : nous nous souvenons

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Major (ret) Florent Tremblay

Au printemps de 1917, ce fut la bataille de l’Histoire ; ce fut la victoire finale avec la participation des gars du 22e. Durant un long mois on avait préparé minutieusement l’attaque. Et au mois d'avril, le Corps expéditionnaire canadien, comprenant quatre divisions, recevait l'ordre de s'emparer de la crête de Vimy. C'était plus facile de l'ordonner que de le réaliser !

Un soldat du 22e Bataillon canadien-français confia à son journal : « Nous nous préparons aujourd'hui en vue de l'assaut, par de multiples exercices que nous répétons sans cesse. La plaine est semée de rubans de diverses couleurs qui  désignent les tranchées ennemies. Les compagnies A et B feront partie de la première vague. Je serai donc du nombre de ceux qui, les premiers, atteindront les tranchées allemandes si je ne suis pas frappé. Pendant l'après-midi, les hommes de mon peloton se rendent chez l'armurier afin de faire aiguiser leurs baïonnettes. Brrr [...] ! Je ne puis réprimer un frisson. Je sens que cette fois, ce sera sérieux. »

Située au nord de la France, la crête de Vimy dominait un promontoire de sept kilomètres de long, lourdement armé et farouchement défendu par l'armée allemande qui le détenait depuis 1914. Les Allemands s'y étaient fortifiés, créant trois lignes défensives que les Canadiens devaient prendre immédiatement.

Reprendre Vimy aux Allemands faisait partie des objectifs de guerre de la grande offensive alliée du printemps 1917. Pourtant, la crête de Vimy avait fait l'objet de plusieurs assauts alliés, se soldant tous par un échec. En fait, nos Canadiens reçurent l'ordre d'aller reprendre le terrain là où soldats français et britanniques avaient échoué, en souffrant pas moins de 106 000 pertes.

Pourquoi Vimy était-il si important ?

Vimy, situé à un peu plus de 150 kilomètres au nord de Paris, était une menace pour la France. De cette colline, qui épousait la forme d'un accent circonflexe et mesurait sept kilomètres de long et près d'un kilomètre de haut, les Allemands avaient vue sur tout le territoire des alentours et prévenaient la libération éventuelle de la capitale française. Nos Canadiens avaient reçu l'ordre de reprendre ce « button » comme ils l'appelaient!

Tout l'hiver de 1916-1917, les Canadiens avancèrent progressivement vers les lignes de Vimy. Pas moins de 170 000 soldats participèrent à la préparation de cette grande attaque : on construisit une voie ferrée destinée uniquement au transport des munitions ; on creusa des kilomètres de tranchées pour enfouir les fils qui serviraient aux transmissions radio et que les bombardements ne pourraient pas détruire. Sous la direction personnelle du général Byng, on reproduisit dans un champ à l'arrière du campement canadien une réplique complète de la zone de combat. Les tranchées allemandes étaient représentées par de larges rubans blancs et des fanions de diverses couleurs marquaient les emplacements fortifiés.

Le jour de l'attaque, chacun savait exactement jusqu'où il devait se rendre.

À l’attaque

À 5 heures 30, au matin du lundi de Pâques, le 9 avril 1917, plus de 15 000 fantassins canadiens, y compris les « gars du 22 » envahirent les positions des lignes allemandes tout au long de ce front de sept kilomètres.

Après 30 minutes de combat, la première Division canadienne avait déjà pris la première ligne allemande et une autre demi-heure plus tard, les Canadiens devenaient maîtres de la seconde. En moins de deux heures, trois des quatre divisions avaient atteint tous leurs objectifs. Mais le plus dur sacrifice restait encore à venir.

Le 12 avril, avec de grandes pertes, le sommet de Vimy, connu sous le nom de colline #145, tomba enfin en mains alliées. Les troupes canadiennes affichaient de très lourdes pertes. En cinq jours de combats, 3 598 de nos hommes firent le sacrifice de leur vie et 7 104 furent blessés. Mais le but était enfin réalisé et la crête de Vimy demeura propriété alliée pendant le reste de la guerre.

La victoire

En apprenant que Vimy avait été reprise, un soldat français s'exclama: « Non, ce n'est pas possible ! », mais en entendant dire que c'étaient les Canadiens qui avaient réussi cet exploit, il s’écria : « Ah ! Les Canadiens ! Alors, tout est possible. »

La bataille pour la crête de Vimy fut celle qui a uni pour la première fois les quatre divisions canadiennes durant la Première Guerre mondiale. Il s'agit d'un événement important de 1'histoire militaire canadienne, car il constitue le plus grand triomphe du Canada lors de la Première Grande Guerre.

Cette victoire devint rapidement un symbole du courage des Canadiens et un des fondements de leur identité. Cette victoire est vite devenue le symbole par excellence de la détermination des Canadiens français, là où les membres du « 22e Bataillon canadien-français », ancêtre du Royal 22e Régiment (R22eR), s'illustrèrent.

Lendemains de bataille

Au lendemain de cette convaincante victoire à Vimy, le commandant Tremblay du 22e Bataillon écrivit simplement dans son journal personnel : « Le « 22 » a très bien rempli la tâche qui lui était donnée ( ...).  C'est une très belle journée et la satisfaction se lit sur tous les visages. Le général Byng, commandant du Corps canadien, félicite tout le monde qu'il rencontre, même les plus simples soldats. »

En 1922, en appréciation pour l'extraordinaire succès des soldats canadiens, le gouvernement français céda au Canada, et à perpétuité, la crête de Vimy et son territoire environnant. Et en 1936, un somptueux monument, fait d'une immense sculpture de pierre, y fut dévoilé et remis au Canada. Il se tient sur les hauteurs de Vimy comme un rappel émouvant à la mémoire des 66 000 Canadiens qui moururent en servant leur pays au cours de la Première Guerre mondiale.

Que leur bravoure nous instruise !

 

 Le 22e Bataillon canadien-français

Créé en 1914, à Saint-Jean-sur-Richelieu, le Bataillon des « Glorieux » traversa l’Atlantique pour prendre part aux combats des Flandres, en septembre 1915. Ces combats n’étaient que l’annonce des grandes rencontres qui allaient marquer l’histoire du Royal 22e Régiment : La Somme, Ypres, Passchendaele, Courcelette, Vimy. C’est au moment de lancer le Bataillon dans ces expéditions que Thomas-Louis Tremblay en devint le commandant, en mars 1916. Il fut le plus jeune commandant du Corps expéditionnaire canadien ; il avait 29 ans.

Après la bataille de la crête de Vimy, un journaliste du Times de Londres écrivit: « Aucune troupe engagée sur tout le front ne se comporta avec autant de fougue et d'efficacité. À eux, ses descendants éloignés de leurs racines, la France doit d'avoir repris un de ses villages à l'ennemi qui le profanait depuis plus de deux ans. »

 

 

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